— Trois euros, ça ira ?
J’applique la règle classique de la division par deux.
— Hé oh, vous poussez, il est intact ! Cinq euros, pas moins !
Elle fait mine d’être outrée, ça fait partie du jeu. Elle secoue sa tête, quelques mèches de sa coupe mi-longue valsent dans tous les sens. Houlà, elle vient de se pencher légèrement vers moi et j’ai droit à une splendide vue sur ses adorables monts qui émergent délicatement de son T-shirt rayé. Je sens que ça va être dur de rester objectif !
— Hummmm… Quatre ? Dis-je le nez plongé vers la boîte pour éviter d’en voir trop !
Son parfum m’enveloppe doucement, insidieusement. Elle est à quelques centimètres de moi, je sens sa présence rayonnante, évidente.
— Cinq !
Cinq… Sein… Ma libido part en vrille. Si je dévie un peu sur ma droite et que je me laisse aller, je tombe nez le premier dans son décolleté ! Est-ce qu’elle s’en doute ?
— Q-Quatre… quatre c-cinquante ?
Je suis à la limite du bafouillage lamentable. Je relève la tête. Nous sommes à présent face à face.
— Cinq ! Poursuit-elle, têtue.
— Quatre soixante-quinze ?
Là, elle sourit. Ça me va droit au cœur. Je continue néanmoins :
— Quatre quatre-vingts ? Quatre-vingt-dix ?
Elle continue de sourire, sans dire un seul mot. Une douce chaleur m’envahit, me perfuse le corps de tous mes spores. Vaincu, je lâche :
— Ok, cinq…
— Affaire conclue !
Prenant la boîte de jeu dans ses fines mains, elle se relève prestement. Dieu, que sa jupe est courte ! Il n’y a pas à dire, le bas équivaut le haut et je n’ose pas penser au milieu ! J’ai maintenant le nez presque à la lisière du tissu sombre. Le contraste de ses jambes légèrement dorées et de la jupe ébène est saisissant, je vois distinctement le grain de sa peau et j’ai une envie furieuse d’y goûter !
Néanmoins, je me résous à me lever. Elle me tend le jeu. Maladroitement, je saisis la boîte et par inadvertance, je capture ses mains. Une véritable décharge électrique me parcourt le corps dans ses moindres recoins, me faisant tressaillir de tous mes membres. La même chose a dû lui arriver, car, une fois la secousse passée, elle me regarde étonner de ses grands yeux clairs, la bouche ouverte, ses lèvres luisantes. Nous sommes tous les deux comme figés, en suspens. Une partie valide de mon cerveau a remarqué qu’elle n’a pas d’alliance au doigt et tente d’activer tant bien que mal ses cellules grises voisines pour exploiter de cette opportunité. Les gens qui glissent autour de nous sont absents, comme évaporés. Je ne vois plus qu’elle. Un lent tremblement gagne nos doigts emmêlés et irradie nos bras puis le reste de nos corps dans une douce chaleur lancinante.
Elle détourne la tête, les joues rosies par une visible émotion et retire doucement ses mains des miennes. Tout aussi gêné qu’elle, je fourre le jeu dans mon sac à dos sans trop oser la regarder puis je plonge ma main dans la poche afin d’extirper les cinq euros en question.
J’ai les pièces dans la main, elle tend la sienne, j’hésite sur la manière de lui donner. Du coup, je laisse choir la monnaie d’au moins quinze centimètres, histoire d’éviter une nouvelle électrocution.
Même si j’ai acquis le jeu, je ne peux me décider à partir. Je cherche désespérément un prétexte pour rester auprès d’elle. Dans un premier temps, je fais mine de m’intéresser à l’étal qui est à mes pieds, comme si j’étais à la recherche d’autre chose.
— Vous recherchez des jeux pour vos enfants ? Me demande-t-elle, volant à mon secours.
Je saisis de suite la perche tendue :
— Hélas non ! Mon ex n’a jamais voulu en avoir… C’est un de mes plus grands regrets, mais il n’est pas trop tard pour que j’en aie, un jour.
— Ah ? C’est triste ! Je pense que…
Là, elle me dévisage curieusement puis poursuit sa phrase :
— Je pense que vous trouverez facilement une femme qui veuille bien… Oui…
— Je l’espère… vivement… peut-être bientôt…
Je la regarde fixement, une ébauche de sourire sur les lèvres. Je reprends la conversation :
— Excusez-moi, mais qu’est-ce qui vous rend si affirmative ?
— Je le sens, c’est tout !
— La fameuse intuition féminine ?
— On dira ça comme ça ! Et vous la voyez comment ?
Je dandine d’un pied à l’autre.
— Je n’ai pas de critères bien arrêtés… Simplement une femme que j’aime et qui m’aime…
Trou blanc, un ange passe. Puis une deuxième…
— Vous recherchez alors des jeux pour des enfants ? dit-elle, cassant le silence.
— Des enfants, non… Je n’en ai pas, ni de moi, ni d’ailleurs, mais j’aurais bien aimé en avoir d’une femme telle que vous…
Je pique du nez vers l’asphalte, le rouge envahit mes joues. Je ne suis vraiment pas très doué avec mes gros sabots. Je m’en flanquerai des baffes !
— Vous pourriez être éducateur ou instit…
— Euh non… Je travaille dans un bureau d’études spécialisé en thermique et isolation.
— Le chaud et le froid…
J’ai la nette impression que c’est elle qui fait souffler le chaud et le froid sur moi. Elle n’a pas relevé la phrase malheureuse, ou bien fait comme si…
— Si vous aimez les jeux de société, j’en ai quelques-uns dans mon garage, situé là, au fond de l’allée qui est de derrière moi. Pas beaucoup, mais des pas très connus.
— Avec joie !
Si je ne m’abuse, elle vient à nouveau de me sauver la mise. Sauf erreur d’interprétation de ma part, en étude comportementale, on appelle ça un signal. Molo-molo, je m’emballe peut-être et je saute sûrement aux conclusions trop vite. Néanmoins, je lui emboîte le pas en enjambant son étal tandis qu’elle demande à sa jeune sœur de surveiller.
Les cailloux blancs de l’allée crissent sous nos pas et je peux admirer sa chute de reins ainsi que son derrière qui ondule à chacun de ses pas. Haut, bas, devant, derrière, comme le chantait Brassens : rien à jeter ! Le jardin est bien entretenu, ce n’est pas comme le mien. Tout est décoré sobrement, mais avec goût. Même le garage dans lequel nous entrons est nickel : une femme d’intérieur comme d’extérieur !
Elle contourne sa Twingo vert pomme pour accéder à une série de rayonnages. Instinctivement, je tourne la tête pour constater qu’on ne peut plus nous voir de la rue. L’instant d’après, je pose mon sac à dos contre le mur et je la rejoins. Elle s’assied à moitié sur l’aile de sa voiture tandis que je jette un coup d’œil sur sa collection de jeux : il y a effectivement quelques beaux spécimens et pas des moindres !
— Je suis intrigué, vous êtes joueuse vous-même pour avoir ces jeux-là en particulier, les plus réputés dans leurs catégories ?
— Au lycée puis à l’université, j’appartenais à un club ludique. De plus, je suis maintenant bibliothécaire et je me suis battue pour ouvrir une section ludothèque qui marche d’ailleurs au-delà de mes espérances…
— Ah, je comprends à présent ! Mais… pourquoi voulez-vous les vendre alors ?
— Pour jouer à ces jeux, il faut être à moins deux…
— Si… euh… Si ça ne vous dérange pas, j’aimerais beaucoup pouvoir jouer avec vous…
— Ce n’est pas ce que nous faisons depuis tout à l’heure ? Me sourit-elle.
Fébrile, je respire un grand coup et je poursuis sur ma lancée :
— Et j’aimerais beaucoup être votre… partenaire… de jeu…
Elle pivote vers moi, les mains posées sur le capot, le T-shirt tendu magnifiant ses seins. Je m’approche insensiblement d’elle pour retrouver les effluves de son parfum envoûtant.
— Partenaire… dites-vous… Dit-elle en inclinant la tête, une mèche glissant sur son front.
— Partenaire et pas forcément de jeu ! dis-je fermement en me penchant sur elle.
Jouant le tout pour le tout, je dépose un doux baiser sur ses lèvres luisantes, prêt à recevoir une gifle en pleine figure, mais pas de regret d’avoir, malgré tout, tenté ma chance. Un doux frisson de bien-être m’assaille, tout comme elle, je crois. Je m’écarte légèrement de sa bouche, la gifle ne vient pas. Je me recule légèrement pour mieux la contempler, pour plonger dans son regard limpide et j’y vois le reflet de mon propre désir identique au sien. Alors, sans aucune retenue, je la serre dans mes bras et l’embrasse de toute la passion dont je suis capable, de toute cette ardeur que je croyais enfouie à jamais et qui ressurgit comme une nouvelle fontaine de jouvence. Avec un plaisir accru, je sens ses bras autour de moi, ses mains dans mon dos tandis que j’explore sans réserve les moindres sinuosités de ses lèvres voraces, nos langues fusionnant dans une fièvre insoupçonnée, nos bouches soudées l’une à l’autre.
Je ne sais combien de temps nous restons ainsi, le temps n’a plus de signification, nous sommes isolés dans notre monde, égoïstement, complètement et en parfaite fusion. Quand je me détache de ses lèvres chaudes, c’est pour mieux explorer son visage de mille baisers voraces, épouser la pointe de son nez, l’arrondi de ses paupières, le velouté de ses joues puis la courbe de son cou pour ensuite m’en aller dévorer délicatement ses lobes.
Elle est maintenant couchée sur le capot de la voiture, offerte à mes mains baladeuses qui rendent hommage à toutes ses courbes, à ses seins magnifiques et fermes aux pointes qui se tendent sous les tissus, à son ventre délicatement arrondit, au bombé suave, à ses hanches pleines et prometteuses. Ma bouche s’égare aux mêmes endroits que mes mains. J’ai une petite idée du Paradis quand, le nez enfoui dans son décolleté rebondit, mes lèvres goûtent à ses seins que je vénère follement, cherchant leurs volumes, leurs saveurs.
Repoussant de mes dents le fin T-shirt, je passe à l’attaque de son ventre, savourant son goût sucré, vénérant de mes lèvres avides son bombé et son nombril devenu le centre de mon monde, de mon univers. Mes mains s’égarent sur ses cuisses fraîches, sur ses jambes lisses et soyeuses au galbe parfait, na sachant plus où donner de la caresse et du frôlement, tant les endroits de convoitise sont multiples.
Pris d’une poussée de fièvre subite et impérieuse, je me plaque sur elle, lui capturant à nouveau les lèvres, mes doigts passés sous son T-shirt, dans la dentelle de son soutien-gorge, à la recherche de galbes interdits tandis que mon autre main flirte dangereusement avec le fin tissu de son slip, ma paume avide épousant la courbe appétissante de sa fesse offerte.

