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Chantilly

Quand il s’allongera sur moi, s’introduisant en moi, pesant de tout son poids de mâle…

— Ah oui, j’oubliai : vous être très ravissante, Chloé ! Sincèrement. Je tenais à vous le dire. Bon après-midi !

— Euh… merci…

— Pas de quoi, tout le plaisir est pour moi. Au revoir.

Et cette fois, il referme définitivement la porte. Un grand froid envahit mon bureau tandis que je brûle intérieurement.

Que faire, que dire ? C’est une sorte de chantage qu’il me propose là, je pourrais le dénoncer, mais sur quelles bases, sur quelles preuves ? Je ne sais pas à quel jeu il joue : est-il sincère, est-il cynique ? Je suis quand même intriguée qu’il me préfère, moi, à Blandine qui pourtant nettement mieux que moi.

Un tourbillon de pensées m’assaille : son corps nu contre le mien, ses mains sur ma peau, ses lèvres sur les miennes, son sexe planté en moi, sa chaleur qui m’irradie, me réchauffe. Je suis effrayée par ces images qui dansent dans ma tête, par leurs intensités. Je ne le connais pas, j’ignore tout de lui, il est trop jeune. Et moi, moi, trop vieille pour avoir ce genre de pensées incongrues. Je fais alors un amer constat : il y a bien longtemps que je n’ai plus fantasmé.

Daniel, pourquoi m’as-tu fait ça ?

Soudain, je redresse la tête. Peut-être bien qu’il se fiche de moi, mais au fond, je risque beaucoup plus à l’envoyer sur les roses qu’à dîner avec lui. D’ailleurs, dîner ne signifie pas coucher. À nouveau, des images de sexe m’envahissent. Je dois me rendre à l’évidence : je ne serais pas contre…

Oui, c’est décidé. Même si c’est du vent, au moins, pour une soirée, j’aurais eu l’impression de plaire à quelqu’un, de séduire, de briller. Et après ? Et après, on verra… Je décroche mon téléphone et je compose le numéro de la nounou.

C’est complètement dingue, je suis aussi excitée qu’une jeune débutante à son premier bal. Pourtant, ce n’est pas dans mon style de m’enticher d’un homme ainsi. L’heure tourne et moi, je tourne en rond. Stupidement. Je décide de me plonger dans divers dossiers, ce sera au moins ça de pris.

À l’heure dite, il est visiblement ponctuel, Daniel entre dans mon bureau après avoir cogné à la porte par pure formalité. Il semble très détendu, sûr de lui, mais je distingue comme un léger froncement de sourcil et une certaine tension.

— Avez-vous pris votre décision ? demande-t-il.

— Oui.

— Je tiens à vous signaler qu’il n’est pas dans mes habitudes de forcer une femme. Alors, vous avez bien réfléchi ?

— Oui.

— Alors ?

— Je vous ai déjà donné ma réponse…

Ses lèvres qui dessinaient un trait un peu cynique font place à un grand sourire d’enfant heureux, lumineux. Cette métamorphose me bouleverse, je ressens une onde de chaleur dans tout le corps. Il est vraiment très attirant ainsi.

— Si je puis me permettre…

— Permettez-vous… dis-je, encore sous le charme…

— Pourriez-vous venir vêtue de ce magnifique fourreau rouge comme au Rotary, en début de mois ?

— Co… comment savez-vous ça ?

— Pour l’unique raison que j’y étais.

— Mais je ne vous ai pas vu !

— Je sais, mais moi, je vous y ai vu. Il est vrai que vous n’êtes pas passée inaperçue. Quant à moi, j’étais très accaparé par plein de gens importants. Et puis, sur le coup, j’ai cru que vous étiez accompagnée. C’est seulement au moment de partir que l’un des convives m’a expliqué que vous étiez divorcée et donc, par conséquent, libre…

— Eh ben, vous !!

Ce type me sidère. D’ici là qu’il me dise que sa venue parmi nous n’est pas une simple coïncidence. Je tâte le terrain :

— Vous n’allez quand même pas me dire que… que tout ceci était… prémédité ?

— Prémédité est un bien grand mot, mais, disons, que j’ai peut-être un peu aidé le hasard quant au contrôle fiscal… dit-il en souriant.

Encore heureux que je sois assise ; c’est vraiment la journée ! Je crois que je m’en souviendrais toute ma vie ! Se penchant par-dessus mon bureau, délicatement, il écarte du bout des doigts une mèche folle qui barrait mon front. Je le regarde, une moue dubitative s’affiche sur mes lèvres.

— Vous n’avez pas l’impression de ruiner ma réputation en me demandant d’aller au restaurant avec vous, vêtue de cette robe un peu voyante sur les bords ?

— Une fois de plus, vous concluez trop vite, chère Chloé. Je vous ai parlé de dîner, sans plus. Et je m’en voudrais de ruiner votre réputation.

— Je ne… Ah et puis flûte, vous êtes impossible !

— Je viendrais vous chercher chez vous à 20 heures précises.

Et il quitte mon bureau d’un pas guilleret.

Alors le temps me semble irréel. Après un rapide détour dans le grand supermarché du coin, je rentre chez moi dans un état second. J’expédie toutes les affaires courantes en un rien de temps. La nounou arrive peu après, la soirée de ma fille est planifiée. J’ai honte de faire ainsi passer ma fille au second plan. Mais il ne s’agira que d’un soir, un soir pour moi, même si je sais que je me fais des illusions.

Je monte prendre une douche sous laquelle je m’éternise. Enveloppée dans un grand peignoir de bain, je vérifie mes mains, mes pieds, j’hésite sur le vernis à mettre puis je me décide. Le fourreau rouge est allongé sur le lit. Je respire un grand coup. Mon peignoir chute sur le sol de ma chambre. Je regarde mon corps encore bien fait sur les miroirs de la grande armoire. Je n’ai pas une poitrine style 90C, mais je ne me défends encore pas trop mal. Bien sûr, mes seins subissent un peu plus la dure loi de la gravité qu’à mes vingt ans, mais ils sont encore fermes. Fermes comme le sont mes jambes, pas trop grassouillettes. Moins fermes sont mon ventre et mes fesses, mais hélas, j’en suis doucement à mes deux fois vingt ans. Je me complais à m’ausculter devant le miroir. L’image qu’il me renvoie n’est pas désagréable. C’est étrange, ça va faire des années que je ne me suis pas regardée ainsi. Même en début de mois quand j’ai été au Rotary dans ce même fourreau, à la demande expresse de mon ex, qui voulait sauvegarder une dernière fois les apparences.

Nerveusement, j’arrache l’emballage plastifié des bas que je me suis acheté juste avant de revenir à la maison. Je dois être folle. Fébrilement, j’ajuste mes bas au seul porte-jarretelles que je possède, exception faite de celui de mon mariage. Quinze ans déjà. Je regarde l’image d’une autre moi-même, de sa touffe encore humide encadrée par cette lingerie noire et affriolante. Tout excitée, je me pose même la question saugrenue de mettre ou non un slip !

C’est vrai que j’ai fière allure dans ce fourreau rouge qui met bien mes seins en valeur, d’autant plus que je ne peux pas mettre de soutiens-gorge avec ce type de robe. Et aussi ma chute de reins, bien cambrée, bien mise en valeur. Moins mon ventre, un désastre… relatif. Je mets ou pas une ceinture ? Je pare mon cou d’un collier d’or à fines mailles au bout duquel est suspendu un petit joyau couleur rubis, assorti à ma robe. J’ajoute quelques bracelets à mes poignets afin que mes bras paraissent moins nus. C’est risible, mais c’est ainsi. Un peu de bleu, un peu de rouge, un coup de brosse et me voilà fin prête pour le sacrifice au nom de l’entreprise, pour le bien de tous. Et du mien…

Ponctuel, il sonne à la porte, je lui ouvre. Je suis fière de mon effet, son regard est enthousiaste. Il reste quelques secondes à me contempler, son regard me brûle, me détaille et je ne déteste pas cette démonstration, un brin machiste, d’admiration. Je mets mon long manteau, prends mon sac et royale sur mes talons aiguilles, je m’avance vers sa voiture. Je ne suis pas mécontente de mon petit effet !

En quelques enjambées, il me dépasse afin de m’ouvrir la portière en s’inclinant du buste. Je ne sais pas qui se fait le plus de cinéma : lui ou moi ! Mi-amusée, mi-hautaine, je consens à poser mon auguste popotin sur le cuir du siège. Eh, ce n’est pas un modèle à 20 000 euros (mon ex-futur redressement), ce véhicule en vaut largement le double ou le triple !

Sa voiture s’engage sur les grands boulevards. Il conduit en souplesse, sans nervosité, olympienne. J’envie son calme. Quelques minutes plus tard, nous arrivons au pied d’une luxueuse résidence, la porte de garage s’ouvre automatiquement. Je suis intriguée. Il ouvre ma portière et me tend la main.

— Où sommes-nous ?

— Chez moi.

— Chez vous ? Mais, je…

— Nous dînons ensemble, mais je n’avais nullement dit où. De plus, je ne tiens pas à ruiner votre réputation… conclut-il dans un large sourire.

— Chez vous !

Mais déjà, il saisit ma main et me fait sortir de sa voiture. Peu après, nous sommes dans un ascenseur feutré. Il ouvre la porte de son appartement. Je suis hésitante. Il se tourne vers moi et me rassure à moitié :

— Ne vous inquiétez pas : je ne vais pas vous dévorer ou vous séquestrer !

Je suis ébahie devant la haute classe de son appartement. Lentement, je jette un coup d’œil circulaire dans la grande pièce. Tout est luxueux, mais avec discrétion. Sobre. Au centre, une table est dressée. Une musique douce envahit l’espace et les lumières se tamisent doucement. Il allume les bougies des deux chandeliers posés sur la table. Les couverts scintillent alors sous la flamme des bougies. J’ai une envie folle de fuir ce piège insidieux ; je me suis vraiment jetée dans la gueule du loup ! D’un autre côté, je suis fascinée, comme le papillon par la lumière. Je me laisse faire quand il s’approche de moi dans le dos afin de m’enlever mon manteau.

— Voilà, me dit-il, vous serez nettement mieux ainsi. Vous êtes vraiment ravissante, je dirais même croustillante.

Je rougis légèrement. Ça va faire longtemps qu’on ne m’avait plus adressé ce genre de compliments, surtout dit avec sincérité. Je ne peux néanmoins m’empêcher de frémir, non pas d’avoir des épaules nues, mais d’être ainsi exposée à son évidente convoitise. Pendant qu’il range mon manteau, je regarde une fois de plus autour de moi, intrigué par cet appartement, peu compatible avec la profession d’inspecteur du fisc. À moins qu’il ne…

— Je présume que vous êtes étonnée par mon appartement.

— Je dois reconnaître que je ne m’attendais pas à ça, je l’avoue. Je ne savais pas qu’un inspecteur pouvait gagner autant ! À moins qu’il ne s’agisse d’un héritage…

— Il ne s’agit pas d’un héritage. Dit-il sereinement.

Un certain frisson envahit mon corps. Je ne sais pas quoi dire, j’ai un peu peur de la réponse, je me suis vraiment jetée dans la gueule du loup !

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