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Roméo et Juliette

Une version hardcore de la célèbre pièce de William Shakespeare

Cassandra : Oui, il faut le prévenir, de toute façon.

Siriac : Salut Roméo, c’est Siriac, tu me rappelles dès que tu peux ? A plus.

(Il raccroche.)

Siriac : Alors, c’était bien ?

Cassandra : Formidable.

Siriac : Tant mieux. Y a plus qu’à attendre qu’il rappelle.

(Cassandra soulève son oreiller. Une boîte de préservatifs y est cachée ; elle s’en saisit et en prend un, qu’elle ouvre avec les dents d’un geste adroit et précis.)

Siriac : Encore ?

Cassandra : Boah, il en reste plus que deux, on va les finir…

__________________________

 2, scène 2 : Mardi 20, 23 h 25, Le salon d’Eloïse,

La pièce n’est illuminée que par la télé, qui diffuse un film d’action bruyant. Eloïse est assise sur son canapé, et regarde l’écran avec intérêt.

Eloïse : Oui… Vas-y, tire ! Mais tire, bon sang !!!

La télé : Bang ! Bang !

Eloïse : Oui, superbe ! Tiens, prends ça, connard… Tu l’as bien mérité…

(Des coups sourds portés sur l’un des murs attenants résonnent dans la pièce.)

Eloïse : Oh, oui, oui, ça va, je baisse.

(Elle attrape la télécommande et baisse quelque peu le son de la télé.)

Eloïse (à voix plus basse) : Mais estimez-vous heureux, ça aurait pu être un film de cul…

(Elle regarde encore un peu, puis des coups sourds retentissent, dans la porte d’entrée, cette fois.)

Eloïse : Oh, non, là, ils exagèrent, je vais leur dire ma façon de penser…

(Elle se lève, allume la lumière, et se dirige vers la porte en question, et commence de l’ouvrir, tout en hurlant 🙂

Eloïse : Là, vous m’énervez vraiment, monsieur Boullu. J’ai déjà bien baissé et…

(Elle achève d’ouvrir la porte.)

Eloïse : Oh, pardon. Entre, Roméo…

(Roméo entre, Eloïse ferme la porte. Ils se font une bise.)

Roméo : Je te dérange pas trop ?

Eloïse : Non, pas du tout. J’étais en train de regarder un film. Assis-toi. C’est presque fini, je regarde la fin, et…

Roméo (l’interrompant) : Non.

Eloïse : Non ? Comment ça, non ?

(Roméo éteint la télévision.)

Eloïse : Eh ben ?

Roméo : Elle m’a posé un lapin.

Eloïse : Qui ça ?

Roméo : La femme du curé.

Eloïse :… ?

Roméo : Ben qui ça, à ton avis ? Juliette, évidemment…

Eloïse : Eh, oh, du calme…

Roméo : Non, pas du calme, cette salope m’a mis un vent, elle est pas venue à notre rendez-vous. Je savais bien qu’elle se foutait de ma gueule, c’était trop beau pour être vrai.

Eloïse : Eh, relax. Attends, assis-toi, et recommence depuis le début.

(Ils s’assoient tous les deux dans le canapé.)

Roméo : On avait rencart à neuf heures dans un restau, et elle est jamais venue, et ne m’a jamais appelé. J’ai essayé de l’appeler plein de fois, chez elle et sur son portable, et pas de réponse. Je suis même passé chez elle, et il n’y avait personne. Un vent, je te dis. J’ai fait une belle connerie en m’amourachant d’elle !

Eloïse : Attends, attends, t’énerve pas, elle a peut-être juste eu un empêchement…

Roméo : Bah oui ! Eh ben elle n’avait qu’à me prévenir. Je te dis, elle s’est foutue de moi depuis le début. Elle avait juste envie de tirer quelques coups, c’est clair.

Eloïse : Tu crois ? Attends un peu, ça ne fait qu’une bonne heure, elle est peut-être retenue quelque part.

Roméo : C’est ça, certainement…

(Eloïse sort d’un placard deux verres et une bouteille.)

Eloïse : Tiens, je vais te servir un verre, tu vas te détendre un peu, et réfléchir cinq minutes.

Roméo : Y a rien à réfléchir. Quand je pense que j’ai dit non à Flora, qui me proposait de passer la soirée d’hier avec elle. Que je lui ai dit que j’étais fou amoureux d’une fille merveilleuse qui m’aimait aussi…

(Eloïse remplit les deux verres, puis repose la bouteille. Elle reste debout en face de Roméo ; elle a l’air de réfléchir. Roméo s’allume une cigarette.)

Eloïse : Et alors ? Tu comptes faire quoi ?

Roméo : Rattraper le temps que j’ai perdu.

Eloïse : Tu ne lui laisses aucune chance ?

Roméo : Je te dis, elle n’avait qu’à m’appeler.

Eloïse : T’as pas essayé d’appeler Cassandra ?

Roméo : Non, c’est pas à moi d’appeler quiconque. C’est à elle de m’appeler.

(Un silence.)

Roméo : Et puis j’ai pas son numéro.

Eloïse : Ha !

Roméo : Quoi, ha ?

Eloïse : Non, rien. Moi non plus, je l’ai pas, mais Siriac doit l’avoir, il a l’air d’avoir bien sympathisé avec elle, dimanche soir.

Roméo : Je l’emmerde Siriac.

Eloïse : Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il t’a fait ?

Roméo : Attends, t’as pas vu ? J’ai l’impression qu’il essayait de bien sympathiser avec Juliette aussi, dimanche soir.

Eloïse : Tu vois ? T’es encore jaloux.

Roméo : Boh, pfff !

(Un silence.)

Eloïse : Oui, il est bien sympathique, ce Siriac.

Roméo : Comment ça ?

Eloïse : Ben, disons que j’ai bien sympathisé avec lui avant d’arriver chez Juliette, dimanche soir.

Roméo : Hein ??? J’hallucine…

Eloïse : Oh, rien de bien poussé non plus…

Roméo : Super !

(Un silence.)

Roméo : Enfin, j’imagine que Cassandra n’est pas venue te gonfler en te disant de ne plus toucher à son mec, elle…

Eloïse : Tu vois, si Juliette m’a dit ça, c’est qu’elle tient à toi…

Roméo : Tu parles… Tiens, d’ailleurs pour l’emmerder, je vais…

(Il s’interrompt et regarde intensément Eloïse.)

Eloïse (souriant malicieusement) : Tu vas quoi ?

(Un silence.)

Roméo : Non, rien…

(Il vide son verre.)

Eloïse : Tu devrais aller dormir, ça te ferait du bien.

Roméo : C’est mort, je vais aller en boîte, et je vais me taper dix nanas.

Eloïse : Prétentieux !

Roméo : Oh, je t’emmerde !

Eloïse : Allez, calme-toi, et détends-toi cinq minutes.

Roméo : Me détendre ? T’en as de bonnes ! Comment veux-tu que je me détende ?

(Un silence. Eloïse regarde Roméo en souriant, toujours avec malice.)

Roméo : Remarque, j’ai bien une idée, mais…

Eloïse : Ah, moi j’ai promis à Juliette que je ne te toucherais plus…

Roméo : Au diable, Juliette !

Eloïse (souriant encore, provocante) : Remarque, je pourrais toujours dire que tu m’as forcée…

(Elle s’approche de Roméo, toujours assis, et, s’appuyant sur le dossier du canapé, se penche de façon à venir balancer quelques secondes sa poitrine juste devant son visage. Puis elle se redresse et mime alors une femme pendue par les mains, tout en se déhanchant de façon toujours plus provocante.)

Eloïse : Mais pour que ce soit crédible, il faudrait que tu m’attaches…

(Roméo paraît tétanisé et ne cesse de la dévorer des yeux. Eloïse s’avance jusqu’à lui et s’agenouille à ses pieds.)

Eloïse : Tu pourrais par exemple m’attacher avec ta ceinture…

(Elle détache puis retire très lentement la ceinture du pantalon de Roméo et la pose sur la table, puis se relève, mais reste tout près de lui.)

Eloïse : Ou bien avec la mienne…

(Elle retire alors la sienne avec beaucoup de sensualité.)

Eloïse : Mais d’un autre côté, si je n’ai plus de ceinture, je risque de perdre mon pantalon. Il risque de glisser, comme ça…

(En se déhanchant longuement et lentement, elle fait très doucement glisser son pantalon le long de son bassin et de ses fesses. Elle le descend, centimètre par centimètre, puis il tombe soudain à ses pieds.)

Eloïse : Je vais prendre froid comme ça, tu ne veux pas venir me réchauffer ?

(Roméo se prend la tête entre les mains. Il semble tiraillé entre deux sentiments.)

Roméo : Non, arrête, c’est mal !

Eloïse : Tu as des scrupules ? C’est bon signe, ça…

Roméo : Oh, tu me gonfles…

(Il se lève soudainement et sort en claquant la porte. Un silence.)

Eloïse : Bon, eh ben, bonsoir !

(Un silence. Eloïse reste debout comme une conne, en culotte, son pantalon à ses pieds.)

Eloïse : Il m’a quand même collé un sacré vent…

(Elle rallume la télé et se rassoit.)

Eloïse : Enfin, c’est peut-être mieux comme ça…

(Elle prend son verre d’une main, et glisse l’autre dans sa culotte.)

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 2, scène 3 : Mercredi 21, 00 h 06, La voiture de Roméo,

Roméo est au volant et roule à toute allure, le téléphone coincé entre son épaule et son oreille, une bouteille de vodka dans la main gauche et une cigarette dans la droite.

Roméo : Allô ? … Flora ? … C’est Roméo ? … J’suis désolé de t’appeler aussi tard. … Tu fais quoi, là ? … Oui, tout de suite. … J’peux passer te voir ? … Sûre ? … Okay. … D’acc. … À tout de suite.

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 2, scène 4 : Mercredi 21, 15 h 20, La chambre de Cassandra,

Siriac et Cassandra sont allongés sur le lit, et dorment d’un sommeil profond. Le téléphone sonne. Cassandra sursaute. Elle jette un regard au réveil.

Cassandra : Mon dieu, il est déjà cette heure-là ???

(Une nouvelle sonnerie. Elle décroche.)

Cassandra : Allô ?

(Siriac émerge doucement.)

Cassandra : Ah, c’est toi, Juliette ?

Siriac : Oh merde, on a plombé jusqu’à cette heure-ci ???

Cassandra : Euh… Si, on a essayé de l’appeler…

Siriac (à voix basse) : Aïe !

Cassandra : Si, je t’assure, mais on n’a pas réussi à le joindre.

Siriac (à voix basse) : Ooops, c’est vrai qu’on n’a pas non plus trop insisté…

Cassandra : Non, je suis pas passée chez toi, mais…

(Un silence.)

Cassandra : Non, mais… … Attends !

(Elle se tourne vers Siriac, le regardant d’un air coupable.)

Cassandra : Elle a raccroché.

(Un silence. Siriac compatit d’un air également coupable.)

Siriac : Mmmouais, on n’a pas été super, sur ce coup-là…

__________________________

 2, scène 5 : Mercredi 21, 17 h 00, Le salon d’Eloïse,

Juliette et Eloïse sont attablées en train de discuter, un café à la main.

Eloïse : Eh ben, c’est une belle embrouille, tout ça. Ils ont pas trop assuré, Siriac et Cassandra.

Juliette : Tu m’étonnes, je leur en veux à mort… Et toi, alors, raconte ?

Eloïse : Ben, pas grand-chose. Il est venu chez moi hier soir, vers vingt-trois heures, et a commencé à me raconter que tu lui avais mis un vent. J’ai tenté de le calmer, de le retenir, mais il m’a mis à moi un vrai vent, et s’est cassé d’un seul coup, sans rien me dire.

Juliette : Et tu sais pas du tout où il est allé ?

Eloïse : Non, j’te dis, il m’a rien dit du tout.

(Un silence.)

Juliette : Il a laissé treize messages sur mon téléphone, et le dernier à minuit cinq.

Eloïse : Et depuis, plus rien ?

Juliette : Non, plus rien. Et je l’ai coupé, parce que Cassandra arrête pas d’essayer de m’appeler, et que j’ai pas envie de lui parler.

Eloïse : Tu devrais peut-être lui pardonner, non ?

Juliette : Non, pas tant que tout ça ne se sera pas arrangé…

(Un silence.)

Eloïse : Attends, j’ai peut-être une idée.

Juliette : Quoi donc ?

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