Eloïse : Mais qui c’est cette folle ? Et d’abord qu’est-ce que c’est que ce bout de papier, voyons voir.
(Eloïse parcourt le bout de papier.)
Eloïse (lisant) : « Merci, appelle-moi », et un numéro de téléphone.
(Un silence.)
Eh ben, au moins, il y en a qui ne s’embêtent pas. Tu m’étonnes qu’il en avait pour longtemps aux toilettes… Eh ben, ça, si elle croit que je vais le lui donner…
(Roméo entre, Eloïse cache le papier.)
Eloïse : Alors ? Tu étais passé où ?
(Roméo s’assied à côté d’Eloïse ; il a l’air exténué et dans l’espace.)
Roméo (d’une voix morne, au serveur le plus proche) : Je pourrais avoir un whisky, s’il vous plait ? Un double… Non, un triple…
Serveur : Oui, monsieur, je vous apporte ça tout de suite.
Eloïse : Bon, Siriac s’est cassé, il a dit que tu le faisais chier et qu’il en avait marre de t’attendre.
Roméo : Mais je l’emmerde, Siriac.
Eloïse : Non, mais sérieusement, qu’est-ce que tu foutais ?
(Le serveur revient et dépose le verre sur la table.)
Roméo : Merci.
Eloïse : Alors ?
Roméo : Eh bien alors, je viens de rencontrer la femme de mes rêves, je suis tombé amoureux.
Eloïse : Ah, rien que ça ?
Roméo : Mais je suis écoeuré, elle est partie sans rien me laisser d’autre que son prénom.
Eloïse (souriant) : Ca t’apprendra à baiser avec des gens que tu connais pas.
(Un silence.)
Eloïse : C’était bien, au moins ?
Roméo : Pffff, tu peux même pas imaginer…
Eloïse : Enfin, franchement, écoute, tu peux pas tomber amoureux d’une salope qui suce le premier venu au fond des chiottes d’un bistrot…
Roméo : Merci pour le premier venu.
Eloïse : Tu comprends très bien ce que je veux dire.
(Roméo ne répond rien.)
Eloïse : Eh bien, alors ?
(Roméo ne répond toujours rien.)
Eloïse : Ah, bah, voilà, tu boudes ?
Roméo : Non, j’boude pas, j’suis triste.
Eloïse : Triste ?
Roméo : Oui, triste, parce que je la reverrais sans doute jamais plus.
Eloïse : Elle t’a impressionnée à ce point-là ?
Roméo : Pffff, tu peux même pas imaginer…
Eloïse : D’accord… Je vois… Plus que toutes les autres filles avec qui t’a baisé une fois et que tu n’as jamais revues ?
Roméo : Oh, là, là ! Infiniment plus.
Eloïse (avec un sourire) : Plus que moi ?
Roméo : Mais je te dis, c’est la fille de mes rêves… C’est pas que sexuel, y a un truc en plus, je ne sais pas ce que c’est, mais y a un truc…
(Un silence, Roméo allume une cigarette et vide son verre d’un trait. Une minute passe. Roméo semble de plus en plus effondré.)
Eloïse : Bon, allez, tiens, console-toi. J’ai quelque chose pour te remonter le moral.
Roméo : Boaf, non merci.
Eloïse : Mais attends de voir ce que c’est, au moins !
(Eloïse ressort le petit bout de papier de sa poche et le tend à Roméo. Celui-ci le lit, et semble soudain revivre.)
Roméo : Oh, Eloïse, je t’adore. Merci. Ah, tu peux pas imaginer ce que ça me fait plaisir. Viens que je te fasse une bise. Smack ! Oh, ce que je suis heureux !!! Allez, je t’invite au restau, ce soir, pour fêter ça…
Eloïse : Bon, eh ben, j’ai au moins gagné une bouffe dans tout ça…
1, scène 3 : Dimanche 18, 19 h 55, La chambre d’Eloïse,
Eloïse est assise en tenue légère sur son canapé devant la télévision. Le téléphone sonne, elle décroche.
Eloïse : Allô ? … Oui… Salut Roméo… Ça va, oui, et toi ? … Là, ben, pas grand chose… Non, non, je suis en train de me masturber devant « Ca Cartoon ». … Non, je déconne. … Et toi ? … Ah ? Et c’est pour ça que tu m’appelles ? … Où ça ? … Y a pas de quoi. … Juste là ? … Chez qui ? … Comment ça, tu veux pas me le dire ? … Ah, c’est une surprise. … Non. … C’est où ex
ment ? … Okay, et je viens quand ? … Oui… Maintenant ? … Oui, au fond, pourquoi pas. … Okay. … D’accord, eh ben, j’arrive. …. J’amène quelque chose ? … Non ? … Eh ben, à tout de suite.
1, scène 4 : Dimanche 18, 19 h 45, Le salon de Juliette,
Juliette et Roméo sont vautrés nus enlacés sur le canapé, et paraissent exténués d’un long moment d’amour.
Juliette : Oh, Roméo, mon Roméo. Jamais je n’ai vécu quelque chose d’aussi fort. Tu es vraiment un dieu.
Roméo : Et toi une déesse. La déesse de l’amour et du sexe. Moi non plus, ma Juliette, je n’ai jamais ressenti quelque chose d’aussi géant.
Juliette : Je crois que je t’aime.
Roméo : Et je crois que je t’aime aussi.
(Juliette se relève et se rhabille d’une culotte. Roméo s’assoit un peu plus convenablement sur le canapé, mais reste nu. Juliette va-et-vient dans la pièce autour de lui. Elle paraît heureuse. Elle s’allume une cigarette.)
Juliette : Alors, qu’est-ce qu’on fait ce soir ? Tu invites tes amis à la maison ?
Roméo : Oui, tu verras, ils sont géniaux, tu vas super bien t’entendre avec eux.
Juliette : Mmmouais. Je te préviens : faudra pas qu’elle t’approche trop quand même.
Roméo : Eloïse ?
Juliette : Oui. Eloïse.
Roméo : C’est quoi, ça, c’est de la jalousie ?
Juliette : Je ne sais pas, peut-être. Tu m’as dit que tu m’aimais, non ?
Roméo : Si. Mais c’est quoi le rapport ?
Juliette : A toi de voir, c’est toi qui m’as dit qu’il vous arrivait d’être très proche, Eloïse et toi.
Roméo : Ca nous est arrivé, disons, mais c’est du passé, ça. Maintenant il n’y a plus que toi qui compte.
(Juliette se rapproche de Roméo, et l’embrasse tendrement.)
Juliette : Bon, vas-y, appelle-les, moi je vais inviter Cassandra, et puis je vais voir ce que j’ai à bouffer pour tout ce petit monde.
(Juliette sort. Roméo décroche le téléphone et compose un numéro.)
Roméo : Ah, merde, c’est son répondeur. … Oui, Siriac, c’est Roméo, écoute, je suis chez Juliette, une amie, et on fait une bouffe ce soir, avec Eloïse, et une amie de Juliette. Tu es invité, alors tu me rappelles sur mon portable et on voit ça ensemble. À plus.
(Il raccroche ; Juliette entre.)
Roméo : Bon, j’ai eu le répondeur de Siriac, mais à mon avis, ça devrait le faire, il va me rappeler. Je vais appeler Eloïse.
(Il compose à nouveau un numéro. Juliette s’approche de lui.)
Juliette : Ah, oui ? Tu appelles Eloïse ?
Roméo : Allô, Eloïse ?
Juliette : Dis-lui que tu es amoureux d’une fille géniale et qu’elle ne vienne pas avec l’idée d’être ta cavalière.
Roméo : (à Juliette) Oh, chut… (au téléphone) Oui, c’est Roméo.
Juliette : Chut ? Comment ça, chut ?
Roméo : Ca va ? Je te dérange pas ?
Juliette (à part) : Il m’ignore ! J’hallucine. Il m’ignore pour se consacrer tout entier à son Eloïse !
(Juliette s’agenouille aux pieds de Roméo.)
Roméo : Oui, oui, ça va. Alors qu’est-ce que tu fais ?
(Juliette attrape le sexe de Roméo, et l’enfouit dans sa bouche, qu’elle commence à faire aller-et-venir autour de la queue molle. Roméo paraît surpris, mais content. Il continue sans broncher sa discussion.)
Roméo : Tu es en train de te masturber devant « Ca Cartoon » ??? … Ah bon… Moi ? Eh ben, là, je suis en train de me faire sucer. … Mais, non, c’est pas pour ça que je t’appelle.
Juliette (retirant le sexe durcissant de sa bouche) : Si, dis-lui que c’est pour ça…
Roméo : Non, je t’appelle pour t’inviter à une bouffe ce soir.
(Juliette replonge au fond de sa bouche le sexe à présent presque tendu.)
Roméo : Hmmm… Non, pardon. … Oui, ce soir. … Là, c’est tout près de chez toi, vers la résidence du parc ? … Non, je te dis pas chez qui c’est.
(Juliette accélère ses mouvements.)
Roméo : C’est une surprise. … T’avais quelque chose de prévu, ce soir ? … Bon, eh ben impeccable. … Tu vois la résidence du parc ? Eh ben, c’est là, au numéro 4. … Ben, quand tu veux.
Juliette (relâchant le sexe de Roméo) : Laisse-nous cinq minutes, quand même…
(Elle le reprend et accélère encore.)
Roméo : Okay ? … Oui. … Non, rien que toi.
Juliette (lâchant cette fois-ci complètement Roméo) : Comment ça, rien qu’elle ???
Roméo : Okay, à tout de suite.
(Il raccroche.)
Juliette : Tu aurais dû ajouter « ma chérie » en lui parlant, et ça aurait été parfait !
Roméo : Oh… Tu exagères ! Arrête d’être aussi jalouse !
Juliette : Oui, c’est ça, eh ben, démerde-toi tout seul avec ta queue…
(Elle sort. Roméo attrape son sexe et se masturbe un instant machinalement, ayant l’air de réfléchir.)
Roméo (à part) : Non, je vais plutôt garder des forces pour ce soir…
1, scène 5 : Dimanche 18, 20 h 30, La rue du parc, en bas de l’appartement de Juliette, Eloïse
Eloïse est à l’entrée de l’immeuble.
Eloïse : Putain, mais quel con, ce Roméo, il a oublié de me donner le numéro du digicode.
(Elle essaie de tapoter différentes combinaisons au hasard sur le pavé numérique, puis essaie également divers boutons. Une lumière s’allume, mais rien d’autre ne se passe.)
Eloïse : J’hallucine ! C’est là qu’on se dit qu’un portable, après tout, c’est pas si con d’en avoir un…
(Elle attend quelques secondes, réfléchissant.)
Eloïse : Oh, ça me gave de retourner à la maison. Je vais attendre que quelqu’un entre dans l’immeuble et je le suivrai.
(Plusieurs minutes passent. Elle fait les cent pas devant la porte de l’immeuble. Elle se met à chantonner.)
Eloïse : Oh là là, c’est vraiment n’importe quoi, les plans galère à Roméo… J’attends encore cinq minutes et je me tire.
(Siriac entre.)
Eloïse : Tiens, Siriac, toi aussi tu es du plan foireux, ce soir ?
Siriac : Salut, Eloïse.
(Il lui fait une bise.)
Siriac : Pourquoi du plan foireux ?
Eloïse : J’sais pas, un pressentiment. Dis-moi que Roméo t’a donné le code, et que c’est pour me faire chier qu’il me l’a pas donné ?
Siriac : Euh… Non.
Eloïse : Oh, putain, mais quel con, ce Roméo ! Bon, eh ben j’espère que t’as ton portable ?
Siriac : Euh… Non, je l’ai paumé.
Eloïse : Oh, putain, mais quel con, ce Siriac ! C’est pas vrai, je suis entourée de cons…
Siriac : Oh, eh, du calme, ma belle ! On va attendre que quelqu’un entre dans l’immeuble, et on le suivra.
Eloïse : Génial !
(Ils attendent, et font chacun les cent pas devant la porte de l’immeuble. Plusieurs minutes passent.)
Siriac : Y a pas grand-monde, hein ?
Eloïse : Tu as remarqué ?
Siriac : Et dire que c’est quand on cherche pas l’intimité qu’on la trouve…
Eloïse : Hein ?
Siriac : Non, rien.
Eloïse : Ah bon.
Siriac : Non, je me disais que si on était un couple et qu’on profitait de ce moment où finalement on se retrouve tous les deux pour envisager des choses un peu plus chaudes, eh ben peut-être, justement à ce moment là, quelqu’un arriverait pour rompre cette intimité, tu vois ?

